RDC : il faut arrêter l’hémorragie

La République démocratique du Congo, ce scandale géologique, a une population paupérisée par différents régimes, depuis la nuit de temps. Le pays peine à réaliser les rêves de son peuple.

La maladie est pourtant connue. Les finances publiques saignent en blanc. Un clic d’opérateurs économiques assimilés aux vautours des finances publiques ne rendent pas à l’État ce qui lui revient, pour subvenir aux besoins vitaux du peuple.

Ces fossoyeurs des finances publiques constituent un empire qui a étendu ses tentacules. Difficile pour le régime actuel de réaliser des prouesses, nonobstant sa bonne volonté. Dans ces conditions, « le peuple d’abord » ne serait qu’une illusion.

Parler de « le peuple d’abord », sous-entend une justice distributive, l’intérêt commun. Mais, le système établi depuis des lustres ne favorise pas l’émergence de ce peuple. Seul un petit cercle, un empire profite des richesses du pays, au grand désarroi de la population. Il faut détruire cet empire pour que le peuple se retrouve.

A propos, une locution latine convient le mieux:
 » Delenda Cathago », phrase attribuée à Caton l’Ancien, mort en 149 av. J.-C., qui signifie « Il faut détruire Carthage ! ». (littéralement « Carthage est à détruire »).

Selon la tradition, Caton l’Ancien prononçait cette formule à chaque fois qu’il commençait ou terminait un discours devant le Sénat romain, quel qu’en fût le sujet.
L’expression s’emploie aujourd’hui pour parler d’une idée fixe, que l’on poursuit avec acharnement jusqu’à sa réalisation.
Elle peut signifier aussi la nécessité de détruire une institution ou une structure devenue néfaste.

En République démocratique du Congo (RDC), il y a aussi un dicton, un slogan prononcé par Étienne Tshisekedi de son vivant, revenu sur toutes les lèvres :  » Le peuple d’abord « . L’actuel Chef de l’État, produit de l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps) en a fait sien. Partout, le peuple lui rappelle  » Papa avait dit, le peuple d’abord ».

« Delenda Cathago » et « le peuple d’abord » semblent très proches et convergents. À la seule différence que, dans le premier, il y a une idée de guerre. Oui, la guerre, parce que la « pax romana (la conquête romaine) » a été imposée au moyen de la guerre.

Ce qui importe dans les deux, c’est la sémantique, la couleur des mots et la variété de styles. Dans les deux locutions, il y a l’idée d’aboutir à une paix, un développement qui profiterait à toute la nation. Une telle démarche ne peut passer que par la destruction et l’abolition de certaines habitudes qui riment bien avec les rébellions, la corruption, l’impunité, la concussion, le détournement et tous les corollaires. C’est justement à ce niveau que la raison est donnée finalement à Caton l’Ancien quand il parle de « détruire ».

Club d’intouchables

Il faut poser ses deux pieds sur terre pour comprendre que, dans la systémique, une routine politique et économique décriée et déjà ancrée dans le vécu quotidien, ne s’élimine pas des veillées de prière et d’intercession, mais par des mesures plus efficaces, constamment contraignantes. Un peu comme ce que l’inspection générale des finances (IGF) s’évertue à faire maintenant.

Le message encodé dans  » le peuple d’abord  » ne peut frustrer personne. Tout le monde est d’accord, du moins les esprits éclairés, que le social de la population soit amélioré.

Tous sont d’accord que chaque Congolais aie un bon travail et obtienne un salaire décent. Que chaque personne se retrouve et aie raison de conjuguer le verbe « vivre » comme les habitants de l’Afrique du Sud, de l’Europe,… Idéal, mais aussi idéel.

« Si vous avez bâti des châteaux en imagination, votre oeuvre n’a pas à se trouver perdue, c’est là qu’elle devait être. Maintenant, posez les fondations là-dessus », conseillait un sage contemporain.
Et un autre d’ajouter :
 » Si vous ne pouvez supporter la planète où elle se trouve, aménagez le sol d’abord « .

Ces conseils sont adressés directement à Félix Tshisekedi qui a fait sien, le slogan de son père :
 » Le peuple d’abord « . Le Chef de l’État ne peut concrétiser la promesse contenue dans ce slogan dans le contexte actuel, caractérisé par l’existence d’un empire robuste qui semble avoir pris en otage toute une nation.

Un empire? Oui, un cercle restreint des barons qui tiennent mordicus à maintenir le statu quo de la situation de crise pour paupériser la population. Des opérateurs économiques détenant plusieurs exonérations non conformes.

Il s’agit des jouisseurs devenus tels après leur accession aux commandes de la res publica. Le fait qu’ils s’enrichissent, appauvrit le reste de la population.
Les intérêts de la nation sont ainsi sacrifiés au bénéfice de ceux égoïstes.

Certains sont encore à la manette dans les entreprises, dans des ministères. D’autres sont en repos, avec la ferme conviction de revenir aux affaires un de ces quatre matins. Ils possèdent plusieurs sociétés qui ne paient pas l’impôt à l’État.

Mais, l’architecture de cet empire est bien structurée. Ceux des leurs, encore en exercice, ne font que ce qui leur est dicté. Ils semblent obéir à deux maîtres à la fois.
Voilà qui engendre disfonctionement et gabegie.

La pieuvre

L’Empire est intouchable et a des tentacules bien cimentées. Ils sont très solidaires et ne veulent la perte ou ne souhaitent le malheur d’un des leurs.
Certains analystes l’assimilent à une loge. Le paradoxe est inestimable. Et beaucoup de questions demeurent oratoires:  » Pourquoi ne veulent-ils pas que le peuple se retrouve aussi? ».

Il faut détruire Carthage ! Et Tshisekedi l’a si bien compris. Après un temps d’observation des rouages, il a rejoint Caton l’Ancien qui pensait que Carthage doit être détruit. Oui, il faut détruire l’Empire qui s’est incrusté comme une pieuvre. Si Carthage ne se convertit pas à la manière de Ninive, il doit être détruit pour permettre que les richesses du pays servent d’abord aux natifs, ensuite aux investisseurs qui apportent leurs fonds. C’est le partenariat gagnant-gagnant.

Delenda Carthago semble avoir pris du chemin au pays de Joseph Kasa-Vubu. Voilà qui justifie les invitations, convocations et arrestations observées ces derniers jours au sein de l’Empire. Mais il faut agir, quitter l’étape de parole pour l’agir.

Les électrons libres de cette association ont désormais difficile à circuler librement. Ils rencontrent les procureurs et les magistrats sur leurs sillages verrouillés. La justice les traque, les poursuit. Du coup, le château tangue et paraît fissuré.

Les membres de la confrérie refusent de mourir de si tôt. Ils résistent, manigancent et sollicitent l’intervention de l’empereur de la fraternité, conformément à leur modus vivendi.
Du coup, il faut trouver des alibis, des subterfuges, des manœuvres dilatoires. Ils crient à l’acharnement. Ils évoquent chasse à l’homme et parlent du musellement.

Le peuple, dans son ensemble, est surpris agréablement par cette politique qui consiste à lutter pour récupérer les biens de l’État, mais aussi pour canaliser les recettes de l’État au profit de la population.

Le Congo est très riche, mais son peuple est le plus pauvre. Contraste. Le clic des jouisseurs des richesses du pays vacille, lézarde. L’arrestation de quelques-uns de leurs peut inaugurer le début de la fin de l’Empire qu’il faut détruire. C’est le prix à payer pour que les Congolais jouissent, tous, sans exception, des dividendes de leurs sol et sous-sol.

Le peuple d’abord oui, mais il faut avant tout détruire Carthage. Oui, il le faut arrêter l’hémorragie.

Edoba

Please follow and like us:

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

RSS
Follow by Email
× Comment puis-je vous aider ?