7 mars 2021

RDC : des détourneurs intellectuels attendus à Makala

Sylvestre Ilunkamba, chef du gouvernement a visité, mercredi 19 août, le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo. Son constat sur place est amer. Le premier ministre a qualifié la scène qu’il a vue de « spectacle affligeant », car avec regret, il a constaté que les épandeurs, tracteurs et engrais chimiques étaient abandonnés sur le lieu, les moteurs des tracteurs, non utilisés, ont été retirés et montés sur des baleinières privées, alors que 83 millions de dollars, étaient mobilisés pour ce projet. Un constat amer qui peut être fait sur d’autres nombreux chantiers de la République.

« Mais qu’est-ce qui a manqué ? », s’est interrogé le Premier ministre en voyant l’arrêt des travaux sur le site Bukanga Lonzo. Le Ministre de l’Agriculture lui a donné une bonne réponse : « l’amour du pays ». Alors qu’aucun audit sérieux n’a été initié sur ce projet, le Premier ministre et son gouvernement ont décidé de la relance de ce parc agro-industriel. N’est-ce pas là un autre chantier qui ne pourra pas être achevé ? Les sages disent mieux vaut la fin d’une chose que son commencement. Ce qui n’est pas le cas pour la RDC qui, de plus en plus, devient experte des chantiers inachevés.

Çà et là, à travers les villes et territoires, le pays de Tshisekedi s’illustre par le nombre élevé des chantiers de construction dont les travaux ont été arrêtés. A qui la faute ? Qu’il s’agisse de l’Etat ou des particuliers, tous semblent experts des œuvres inachevées. Mais le plus à indexer est l’Etat qui, selon certains observateurs, tient la palme d’or en la matière. En effet, les gouvernements de la République, qui se sont succédé depuis 1960, ont lancé plusieurs travaux de construction des édifices publics mais qui ne sont jamais achevés.

Les travaux des stades ne se terminent pas

En août 2016, le gouvernement Matata a inauguré quelques stades municipaux, construits dans le cadre du projet de construction des stades municipaux de la ville de Kinshasa (PROSTAM). Quatre ans après, le constat amer est que le projet s’est arrêté à mi-chemin. Plusieurs de ces stades ont vu les travaux entamés sur leurs sites s’arrêter. C’est le cas du stade municipal de Bandalungwa qui voit les herbes pousser sur ses murs. Les alentours ou sinon les murs de ces stades sont devenus les véritables urinoirs des Kinois.

Parce qu’il s’agit des stades, le grand temple du football congolais, le stade des Martyrs de Kinshasa, est un chantier inachevé depuis le 14 septembre 1994 où il a été inauguré. Le stade Kamanyola (son nom de l’époque) est un complexe omnisports doté d’une capacité de 80.000 places dont les travaux de construction ont débuté le 14 octobre 1988. Cependant, cette deuxième enceinte, avec la plus grande capacité du continent, n’a jamais vu tous les travaux prévus se terminer. Même le projet de sa réhabilitation lancé en 2008 n’a pris en compte que les exigences de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) pour que cet édifice réponde aux standards internationaux.

Un autre ouvrage non achevé c’est la tour de l’Echangeur de Limete, le symbole même de la capitale congolaise. Cette tour en béton armé de 210 mètres de hauteur, construite par l’architecte franco-tunisien Olivier-Clément Cacoub, représente un projet appelé à devenir le symbole de la nation congolaise et un site touristique de premier plan. Elle a la valeur de la tour Eiffel à Paris ou de la statue de la Liberté à New-York.

Cependant, les travaux commencés en 1970, bien que déclarés terminés en 1974, n’ont jamais été exécutés à 100%. Ils ont été subitement arrêtés en 1974. L’icône de la capitale et de tout un pays ne l’est que de nom. Même les travaux de rénovation, lancés en 2011, n’ont pas pu donner à la RDC la merveille prévue.

La RDC en face des « éléphants blancs » ?

Que dire du projet Rakeen ? Le chef de l’Etat Joseph Kabila a lancé, en grande pompe, en 2008, les travaux de construction des immeubles Rakeen. Un projet ambitieux, dont le coût estimé à 540 millions de dollars, concernait la construction d’un hôtel et de deux tours à la gare centrale et la place de l’indépendance à Kinshasa.

La première pierre posée, les travaux ont bel et bien commencé et devraient être finis le 30 juin 2010. Les Kinois attendront longtemps et en vain la remise de ces ouvrages. Aujourd’hui, l’immeuble de la gare centrale est un chantier non achevé qui a, à un moment, hébergé les enfants de la rue, communément appelés « shégués ».

Les Congolais ont attendu les effets bénéfiques de la fibre optique. Le projet a mobilisé toutes les énergies. Le 18 juillet 2013, la station d’atterrage de Muanda a été inaugurée. Tout le monde était content de voir la connexion Internet haut débit lui parvenir à moins cher. Des attentes déçues car jusqu’aujourd’hui le haut débit est resté chimérique. Les différentes initiatives institutionnelles ont fini par révéler des détournements des fonds destinés à ce projet. Mais l’impunité a trôné.

L’hôpital du cinquantenaire a-t-il satisfait les attentes des Kinois ? La propagande autour de ce projet a vanté la grandeur d’un hôpital qui devait mettre fin aux soins médicaux à l’étranger. Mais de 2010 à 2020, une décennie s’est écoulée et les Congolais ont du mal à fréquenter ce complexe hospitalier. C’est là encore un autre projet d’inachevé.

Autant des projets inachevés qui font de la RDC un champion en chantiers débutés et inachevés et qui ne seront même pas achevés. Certaines langues qualifient ces différents chantiers initiés « des éléphants blancs ». Ils ne sont initiés que pour justifier la sortie des fonds qui remplissent les poches des autorités politiques. La crainte de certains observateurs est de voir d’autres projets initiés, à l’instar de la construction des sauts-de-mouton dans la ville de Kinshasa, ne jamais se terminer.

Et le peuple dans tout ça ne réclame qu’une chose : que ces détourneurs intellectuels soient identifiés et déférés devant la justice.

Edoba

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